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Cercle des Amis

de Marie Bashkirtseff

« Mais si je ne suis rien si je ne dois rien être. pourquoi ces rêves de gloire depuis que je pense? »

Marie Bashkirtseff, Journal, 25 juin 1884

Bulletin de liaison

Numéro 39   Novembre 2010

Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff
50100 Cherbourg

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Rédaction

Jean-Paul Mesnage

Véronique Rémusat-Rémion

Jean-Jacques Poumarat


 

Sommaire

OEUVRE DE MARIE BASHKIRTSEFF

La question du divorce. 1880.   p 2

MARIE BASHKIRTSEFF ET SON TEMPS

La mort du Prince impérial   p 10

POURQUOI MARIE BASHKIRTSEFF PRIT-ELLE LE PSEUDONYME DE PAULINE ORELL?

Jean-Jacques Poumarat   p 16

"LES FEMMES ARTISTES'

Marie Bashkirtseff. La Citoyenne. n° 4. dimanche 6 mars 1881   p 17

LIVRE

L'élue du destin. Marie Bashkirtseff

par Tatiana Schvets. Velche. Moscou. 2008   p 19


 

ŒUVRE DE MARIE BASHKIRTSEFF

La Question du divorce

Marie Bashkirtseff
La Question du divorce
1880
(Localisation inconnue)

En mai 1880, Marie Bashkirtseff expose pour la première fois au Salon.

Le Salon demeurait l'évènement majeur de la vie artistique depuis plus de cent ans - môme si les avant-gardes picturales avaient pris quelques distances avec l'institution depuis le Salon des Refusés en 1863

Être admis et médaillé au Salon restait un critère de qualité pour le public, la critique et les artistes - y compris pour les artistes novateurs.

Le nombre et l'obstination des candidats démontrent d'ailleurs l'importance et le prestige du Salon : il constituait une des seuls moyens pour les artistes de montrer leurs oeuvres et, par voie de conséquence, d'assurer leur renommée.

En outre, le Salon était aussi un des épisodes marquant de la vie parisienne. Le 4 mai 1875, Emile Zola écrit :

« Plus do sept mille personnes sont entrées, hier Beaucoup d'artistes venant voir 1

Rappelons que le << Salon >> tenait min nom du lieu où il s'était tenu entre 1725 et 1848 ; le Salon Carré du Louvre. A partir de 1857 jusqu'en 1897, il se tint au Palais de l'Industrie construit aux Champs-Elysées en 1853 pour abriter les expositions universelles.

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comment le public se comporte devant leurs oeuvres ; tous les ontiques d'art prenant des notes des journalistes. des amateurs, des actrices, le Tout-Pans des premières représentations. des femmes en toilettes délicieuses. des rapins 8 longs cheveux et â chapeaux mous, une foule très météo on somme »

Marie Bashkirtseff qui étudie la peinture depuis deux ans et demi, veut exposer au Salon de 1880 - malgré les moments de doute et de lassitude :

«... je me sens une mollesse et un découragement inouï El le Salon qui approche... » avoue-t-elle le 5 janvier 3.

Elle veut exposer pour se prouver qu'elle en est capable, mais aussi pour aussi pour persuader son entourage que l'art est une vocation pour elle, et non pas un passe-temps. Son père ne lui écrit-il pas

«... quant é la peinture (ne te fâche pas) je ne l'aime pas. J'aime les tableaux mais il ne convient pas de se salir les doigts soi-même. »

Le mardi 10 février 1880. Marie a une « longue conférence avec le père Julian au sujet de mon Salon. j'ai soumis deux projets qu'il trouve bien. »

Rodolphe Julian

Marie a renoncé pour cette année à présenter le portrait d'un personnage célèbre -ce qui serait évidemment le meilleur moyen d'attirer l'attention du public et de la critique -pour d'un coup sortir des rangs. comme le voudrait Julian. Mais Marie estime n'avoir pas encore la force nécessaire.

« 11 m'amuse cet homme, il bâtit sur ma tète un avenir (... ) Pour cette année moi

  • la trouveuse » j'ai trouvé ceci. Une femme devant une table, le menton appuyé sur la main et le coude sur la table, qui lit un livre. Effet de lumière sur de ires beaux cheveux blonds, intitulé : La Question du divorce par Dumas. Ce livre vient de paraître el la question passionne tout le monde 4.

2 Lettres de Parts

3 Mon Journal. tome XIII. p. 158.

Ix divorce ne fut rétabli en France que k 27 juillet 1884.

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L'autre chose s'est simplement Orna en chemise robe de crêpe de Chine blanc, assise dans un grand fauteuil ancien, les bras abandonnés et les doigts entrelacés (...) Dans ce deuxième projet ce qui me tente c'est cette simplicité compléta et de beaux morceaux à peindre. Oh! c'est une vraie volupté.

Aujourd'hui je suis en haut. Je me sens supérieure. grande. heureuse. capable. Je crois à un avenir.»

C'est le projet de la Question du divorce qui sera retenu.

Marie se consacre à sa peinture - entre les séances à la Chambre, les soirées à l'Opéra, au Théâtre Français, le bal du carnaval à l'Opéra, une visite à la reine Isabelle d'Espagne, une « réception splendide » chez le docteur Krishaber où Made danse « avec un tas de crapauds déployant des grâces pour les spectateurs » 5

Jean-Louis Forain

Réception mondaine - Le Rien

Il y a encore les visites du prince Soutzo - qui voudrait l'épouser et tente de se faire apprécier en la comblant de cadeaux : pelle et pincettes Renaissance, abonnement à La Justice de Clemenceau, « immense corbeille monumentale de fleurs et de fruits surmontée d'une plante ».

Le dimanche 29 février, Julian vient voir le tableau

«... il en est très content. II en a parié à Tony 6 qui est très très occupé mais qui viendra avec plaisir quand je le ferai appeler. »

Une semaine plus tard, Marie constate :

« Je travaille toujours mais il n'y a encore rien do point. Et je n'ai que jusqu'au 29 mars. Si j'y arrive ce sera drôle, »

Quelques jours plus tôt, le mercredi 3 mars 1880, elle avait pris cette décision

« Maintenant il faudra que je ne sorte plus le soir pour pouvoir âtre levée sans fatigue et travailler dés huit haines. Il ne me reste que seize jours. »

Mais elle ne résiste pas au plaisir d'écouter de la musique au théâtre des Italiens et de paraître à une réception chez Mme de Mouzay 5

Samedi 14 février 1880.

6 Tony Robert-Fleury.

7 Dimanche 7 mars 1880.

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« J'y vais parce que ma peinture ne va pas et que j'ai envie de m'amuser » 8 Julian ta rassure :

« Julian est venu voir mon tableau. il e trouvé la table en peluche. le livre et les fleurs très bien. Le reste viendra, le tout a de l'allure, c'est crâne. presque brutal, en un mot moi qui pleurais ce matin, je rentre à six heures du soir consolée et confiante... » 9

Mais une mauvaise nouvelle l'anéantit pendant quelques heures sa mère doit partir précipitamment en Russie. Dina - qui pose pour le tableau - l'accompagnera :

  • ... il ne me reste que sept jours. je ne trouverais jamais de modèle maintenant et en trouverais-je demain je n'aurais que six jours et ce n'est pas possible' Alors je suis perdue et je ne vous cacherai pas que je pleure de dépit et aussi parce que nen ne me réussit. Je tiens une idée, un sujet à sensation, qui ferait de l'effet malgré l'imperfection de l'exécution, qui me donnerait cette année ce que je pourrai à peine avoir dans un an pour du talent réel avec un sujet ordinaire... et tout est fini. Tout s'effondre. Le travail a moitié fait, l'actualité. tout est perdu sans retour

Voilà ce qui s'appelle du malheur.

Alors tous les rêves pour cette année s'éanouissent, attendre encore... toute une année, croyez-vous que ce soit peu (...)

Encore un an alors quand pour moi plus que pour quiconque au monde la vie est une course. »

Dès le lendemain, tout s'arrange les problèmes sentimentaux du frère de Marie ne nécessitent pas la venue impérative de Mme Bashkirtseff. Dina reste à Pans.

Mais Marie n'est pas satisfaite

  •   elle pose mai quoiqu'avec infiniment de bonne volonté et je suis (rés énervée. je l'ai été dés le commencement ; le tableau ne vient pas bien.

Dina Babanine

  • Co qui est enrageant c'est que c'est très joli d'arrangement et quo je sens et que je sais que je pourrais faire mieux. Ce que je fais en étude est mieux. Ce que je fais là est du rattatinage. c'est de le peinture galeuse! Oh la la! "

Le critique du Moniteur des Arts, Enault. émet cependant un avis positif énergique « vin! ».

Celui de Tony Robert-Fleury est encourageant, quoique mitigé : Pourquoi n'a-t-elle pas commencé plus tôt. c'est très joli. c'est ravissant, quel dommage...

Mercredi 10 mars 1880.

9 vendredi 12 mai 1880.

10 Mardi 16 man; 1880.

Mercredi 17 man-jeudi 18 mars 1880.

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  • En somme il me rassure mais il faut demander un sursis. On peut l'envoyer tel quel mais ce n'est pas la peine « Voilà mon opinion sincère. intime. Demandez un sursis et vous ferez quelque chose de bien. » Alors il retrousse ses manches. prend la palette et promène des balayages un peu partout pour me faire comprendre que mon affaire manque de lumière. Quant à la manche de mousseline il la arrangée avec tant d'adresse que je n'y toucherai pas. Mois le reste je le retravaillerai... si j'ai le sursis ». écrit Marie le 19 mars.

Tony Roberl-Fleury

Le jour même. Marie obtient un sursis de six jours, et le soir va â l'Opéra « radieuse. triomphante. heureuse. » Elle se remémore les paroles de Julian et de Tony Robert-Fleury á propos de sa peinture

  • Julian on est toqué, Tony aussi a trouvé que c'est bien de ton, harmonieux job. énergique. »

  • Voilà une brutale qui a fait une chose agréable, mais pas agréable dans le sens mou du mot, une chose séduisante lb, a affirmé Julian

  • Je le finirai donc! Une journée Immense! » écrit Marie.

Le lendemain, samedi 20 mars. après avoir accompli les formalités du sursis pour son tableau. Marie reçoit les habitués qui se pressent aux « samedis » de Mme Bashkirtseff. « Tout le monde dans l'après-midi me félicite du sursis et ceux qui ont vu le tableau me félicitent encore plus. Tout cela me tourne presque la tète. »

Mais, le jour Suivant, l'enthousiasme de Marie s'est effrité :

  • Seulement voilé, quand on ne me dit non je suis mécontente et quand a dit du bien. il me semble qu'on me traite en petite fille et qu'on se moque de moi. Enfin ce soir je ne suis pas si entrain que hier. C'est parte que le bras droit est trop long à force de remanier los épaules et la tête. d y a cinq centimètres de trop et moi le dessinateur sévère je suis humiliée devant un sculpteur comme Saint Marteaux. »

Le lendemain, Tony Robert-Fleury prend une palette et peint une des mains « celle d'en bas, de ce ton blanchâtre qui lui est propre. » 12

Cette aide gène Marie. S'adressant aux lecteurs de son Journal. Marie écrit :

  • Vous comprenez ce n'est pas pour faire faire une peinture mais pour me montrer comment je dois faire (je n'ai jamais peint qu'une main) puisque je repeins ce qu'il touche. Il a touché aux cheveux et je les ai entièrement refaits de même pour la main n'y a quo la manche de mousseline que je laisse de lui parce que cela est de l'adresse pure et que je   pas de scrupules à ce sujet. »

12 lundi 22 mars 1880.

6.

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Marie est déçue par son travail - malgré des qualités évidentes :

  • C'est égal sauf le fond, les cheveux et les peluches c'est de la sale peinture. C'est du rattatinage! Je puis faire mieux.»

Elle est mécontente du rendu des chairs. • Et dire qu'on dira que c'est ma manière!! C'est du rattatinage! Je suis obligée ;l'avoir recours aux glacis! Moi qui adore la peinture franche, simple, du premier coup. Je vous assure qu'il m'en coûte d'exposer quelque chose qui me déplaît tant comme exécution, quelque chose qui est si différent de ce que j'ai l'habitude de faim...

est vrai que je n'ai jamais fait quelque chose qui me plût... mais enfin c'est sale. ces! rafistolé. »

Tandis que Tony s'étonne qu'elle ait pu réaliser cette oeuvre en si peu de temps, Marie déplore de ne pas avoir anticipé :

  • Maudite modestie! Sacré manque de confiance! Si je n'avais pas été à trembler et é me demander t to be or not to be ». je m'y serais prise à l'avance. »

Cette première exposition au Salon officiel de peinture signifie un pas de plus vers une véritable carrière de peintre. « Le brave Tony Robert-Fleury » prodigue à Marie des

  • encouragements sobres mais bien sentis. Je puis si je veux avoir « beaucoup de talent » et par là vous comprenez qu'il n'entend pas comme maman ce que rai A présent.

  • Beaucoup de talent », c'est lut c'est Bonnat. c'est Carolus. c'est Bastien etc. Il faut faire des éludes sérieuses. peindre des torses chez moi pour me préparer à faim des tableaux.

Ne pas songer à autre chose qu'A ma peinture. m'y adonner (...)

En somme c'est très étonnant ce que j'ai fait là en dix-huit jours après deux ans d'études, mais il ne faut pas m'arrêter à ces succès-la (...) Il faut voir plus loin, plus sérieux. Je puis arriver où je veux. Le génie ne s'acquiert pas mais pour avoir du talent il faut travailler »

Le Jeudi 25 mars, la toile doit partir pour le Salon afin d'être examinée par le jury. Le matin. Marie donne « les dernières touches au tableau mais je ne peux plus !mailler. il n'y a rien à faire ou il y a tout à refaire (...) La jeune femme est assise devant une table de peluche vert ancien d'un ton très riche et appuyée sur sa main droite, le coude posé sur la table. lit dans un livre à côté duquel est posé un bouquet de violettes. Le blanc du livre. le ton de la peluche et les fleurs à côté du bras nu font bien. La femme est en déshabillé de damas bleu très clair, un fichu de mousseline avec de la veille dentelle (...) La chaise est en peluche bleu-foncé et le fond est une drapene de loutre. Le fond et la table sont très bien. La bâte est de trois quart. Les cheveux adorables. blonds. dorés de Dina sont défaits. le crâne se dessine et les cheveux tombent dans le dos à moitié nattés. »

A trois heures et demie. la tableau part. C'est un évènement pour Marie. mais aussi pour son entourage : M. Gavini, ancien préfet des Alpes-Maritimes. et son épouse Adeline - surviennent :

  • Nous avons pensé qu'il était impossible de laisser partir le tableau de Marre sans le voir C'est le départ du premier enfant. »

Marie est touchée :

  • Ce sont de braves gens. Lui, Gavini, m'accompagne au Palais de l'Industrie en voiture. pendant que deux hommes portent la toile 14 Tout cela me donne chaud, froid et peur comme un enterrement. Et puis ces grandes salles le hall du rez-de-chaussée à la sculpture, pavé de sable, les escaliers. Cela fait battre le coeur (... )

Mercredi 24 mars 1880.

14 «Mon tableau est d'un mètre soixante-dix centimètres de haut avec le cadre». précise Marie. (jeudi 25 mars 18801.


 

Ces! mon premier début, un acte indépendant, public (...) Enfin c'est fait mon numéro est 9091. « Mademoiselle Marie Constantin Russ ». J'espère que ce sera reçu. •

Mais, pour cette oeuvre qu'elle juge indigne d'elle, Marie a choisi un pseudonyme.

Marie souhaite se reposer, se détendre, « et voilà que les tracas commencent », note-t-elle dès le lendemain, vendredi 26 mars : le prince Soutzo avait cru être agréable en lui amenant. quatre jours plus tôt, le comte Lepic « qui est peintre et toqué • et qui l'avait- énervée par des conseils dont elle n'avait que faire • mais il parait que cela me vaudra quelques mots aimables dans l'Evénement et dans un autre journal ». Et Marie lit avec effarement dans l'Evénement

  • A propos de peinte, une jeune fille Mlle de Bashkirtseff qui signe Mlle Russ a envoyé au Salon un tableau avec cette légende - La question du divorce. Mlle de Russ n'a que dix-neuf ans. Un peu jeune pour faire concurrence à Alfred Naquet et au père Didon!! •

  • C'est bête. très bête ». déplore Marie.

Puis c'est l'attente de la décision du jury. Enfin, le mercredi 7 avril, Julian annonce à Marie que son tableau est reçu «... chose curieuse » n'en éprouve aucune satisfaction. La joie de maman m'ennuie. Ce succés-là n'est pas digne de moi. •

Le vendredi 30 avril a lieu le vernissage. Dés dix heures du matin, Marie se rend au Palais de l'Industrie en compagnie d'une élève américaine de l'atelier Julian, Alice Brisbane « Je tiens à aller presque seule pour voir d'abord où est placé mon tableau »

C'est la déception :

  • Donc je vais au Salon tés peureuse et me figurant les plus vilaines choses pour qu'elles n'arrivent. En effet rien de prévu, mon tableau n'est pas encore accroché. je le trouve à peine vers midi avec un millier d'autres toiles, non encore accrochées. Mais je le trouve dans la galerie extérieure où j'avais été déjà choquée de trouver placée Breslau. »

L'après-midi, nouvelle désillusion

  • Après déjeuner nous devions je le pensais du moins y aller en famille. Mais non, ma tante est allée à l'église et maman a voulu y aller aussi et ce n'est qu'en me voyant étonnée et offensée qu'elle se décide à vertir de fort mauvaise grâce. Je ne sais si c'est ma modeste place qui la met en fureur mais c'est égal ce n'est pas une raison et fi est vraiment dur d'avoir une pareille famille. Enfin honteuse de son indifférence ou de je ne sais comment nommer cela. elle y va cette mère sublime et nous trois, moi elle et Dina rencontrons d'abord tout l'atelier et puis des connaissances. puis Julian (... ) Je dois avouer que je suis vexée de la froideur de ma chère famille que je déteste cordialement. 15

Non ce quelles me tracassent aujourd'hui! Et pendant que nous allions au Salon maman qui me fait les questions les plus insensées. Si j'ai verni mon tableau?

- Mais pas encore.

- On t'a peut-être dit, quelqu'un ta peut-étre dit exprès de ne pas le vernir pour qu'il soit plus laid. (...) Je crois quelles sont malades. Je ne respire que l'atelier ou avec des étrangers. »

15 Dans la marge du journal, Mme Bashkirtseff a écrit : « Ce n'est pav vrai, elle adorait sa famille. mais dans les moments de contrariétés on dit ce qu'on ne pense pas. c'est humain. » Turne XIII. p. 231. 16

Les dithyrambes « à tuer Michel-Ange » de Mme Bashkirtseff indisposaient tout autant Marie que les critiques oiseuses.

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Jean-Béraud

sanie du Salan, au Palais de l'Industrie

sen 1880

Marie est un peu consolée par les effets de son pouvoir d'attraction sur autrui :

«... avec ma robe verte foncée. cela a été une vraie sensation. on s'arrétait net pour regarder ma taille... »

Le mercredi 5 mai, Marie jouit de satisfactions d'un autre ordre

« Quant é mon tableau, on le regarde assez... •

Mais elle juge toujours son oeuvre avec la même objectivité

«... ma peinture n'est pas fameuse je l'avoue d'autant plus volontiers que c'est très naturel doux ans do travail, une première exposition et quinze jours pour exécuter Du reste l'administration e été relativement juste. on a accroché dans la fameuse galerie que les plus mauvaises choses, il n'y o pas une toile propre... •

« Ô justice! Tout près de mon tableau se trouvait un affreux machin, une femme en bleu sur fond !Dune ; elle semblait collée contre le papier. Et bien cette monstruosité est placée maintenant dans une salle et surfa cimaise », s'insurge Marie 16,

Cependant, malgré ce début modeste, Marie Bashkirtseff a franchi une des étapes principales de sa carrière d'artiste : l'exposition au Salon.

Le prochain Salon est déjà envisagé. Dés le 31 mars, Julian lui a signifié qu'elle doit « arriver à l'état de phénomène • « ll faut. il fout qu'au Salon prochain vous frappiez un grand coup, vous devez faire un tableau, quelque chose! Il le faut absolument. »

17 Samedi 8 mai 1880.

18 Lundi 31 niai 1880.

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Marie Bashkirtseff et son temps

La mort du Prince impérial

Fervente républicaine, Marie fut cependant profondément touchée par la brutale disparition du prétendant bonapartiste, Louis-Napoléon, fils de Napoléon III, qui s'était engagé dans les troupes britanniques combattant dans leur colonie du Cap contre la tribu des Zoulous. La nouvelle de sa mort, le 1er juin 1879, ne parvint en France que le 20.

lx Peinte impérial en l'uniforme anglais qu'il portait lors. de sa mort.

« Vendredi 20 juin 1879

Samedi 21 juin 1879

Il m'est arrivé de perdre des parents et d'avoir d'autres chagrins mais je ne crois pas avoir jamais pleuré quelqu'un comme je pleure celui qui vient de mourir. Et c'est d'autant plus frappant qui en somme cela ne devrait pas me toucher du tout. je devrais plutôt m'en réjouir

Hier à midi je quittais l'atelier lorsque Julien siffla le bonne qui mit l'oreille au tuyau et qui nous dit aussitôt passablement émue :

- Mesdames, M. Julian vous fait dire que le Prince Impérial est mort.

Je vous assure que je poussai un vrai cri et m'assis sur le coffre à charbon. Et comme on parlait, tout le monde à la fois.

- Un peu de silence s'il vous plaît mesdames. C'est officiel, on vient de recevoir la dépeca°. Il est tué par les Zoulous. C'est M. Julian qui me l'a dit.

On avait fait courir ce bruit aussi lorsqu'on m'apporte l'Estafette avec ces mots en grosses lettres : « Mort du Prince impérial ». Je puis vous dire a quel point j'en fus saisie.

D'ailleurs à quelque parti qu'on appartienne. quo l'on soif Français ou étranger il est impossible de ne pas subir l'impression générale qui est la stupeur (...) Mourir? sans un

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pareil moment! Mourir à vingt-trois ans. tué par des sauvages et combattant pour des Anglais! (...)

Je suis tout étonnée d'avoir pleuré sincèrement une chose qui me touche si peu... Je me reproche pourtant de ne pas avoir assez coché mes yeux rouges à l'atelier; mais j'étais fière d'avoir bon cœur sans arrière-pensée. sans égoïsme. »

  • Le lendemain. la stupéfaction douloureuse de Marie restait vive :

« J'ai lu le Figaro en me réveillant et cela m'a encore tait pleurer au point d'avoir l'oreiller humide et les cheveux mouillés. C'est drôle si vous voulez mais je suis triste et exaspérée contre les Anglais qui l'ont assassiné ou livré. »

Marie se fait l'écho de la violente vague d'anglophobie qui saisit l'opinion générale.

Le capitaine Carey, commandant la petite troupe partie en mission de reconnaissance avait fui dès qu'il avait aperçu les guerriers Zoulous. suivi par ses hommes, sans se soucier du fils de Napoléon III. malgré l'ordre reçu du colonel Harrison

  • Vous veillerez sur le prince. » Louis-Napoléon avait tenté de monter à cheval, mais, celui-ci, effarouché, poussé par son instinct de suivre les autres chevaux, s'était enfui. Le prince avait couru. accroché à la selle - dont l'étrivière avait craqué sous son poids. Il s'était retrouvé seul devant les guerriers Zoulous. En quelques minutes. les sagaies avaient perforé son corps".

Paul Jamin
La mari da Prince impérial
Musée du château de Compiègne.

19 Retrouvés après la campagne, les guerriers de Zétéwayo qui avaient attique le prinee comparèrent celui-ci à « un lion », « parce que c'est l'animal le plus courageux que nous connaissons », préeisèrent-ils. (A. Augustin-Thierry, Le Prince impérial, éditions Grasset).

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Marie Bashkirtseff trépignait d'indignation :

  • C'est une trahison, un aime. Pauvre enfant, quand je pense comme il a dû crier, se débattre, appeler? Abandonné, abandonné, abandonné par ces infâmes! Livré par ces lâches! » "

  • Le lecture dos révoltantes et cyniques dépositions des soldats Anglais m'a encore plus révoltée je crois que l'assassinat lui-méme (...) J-ai lu ces saletés en fiacre en allant à l'atelier et je serrais les dents pour ne pas citer mais sans le bruit des roues on m'entendrait gémir malgré les dents serrées... Je sais que c'est ridicule pour quelqu'un que je n'ai jamais vu. Mais ce n'est pas pour l'homme. Ce sont toutes ces infâmes circonstances! » 21

« Ayant lu d'autres dépositions de soldats Anglais je suis arrivée à l'atelier si dérangée qu'il m'a fallu gratter ma peinture et m'en aller: je n'aurais nen pu faim (...) les gravures et photographies de ce pauvre enfant me font mal, mais je m'attendris jusqu'aux larmes on lisant les louanges de ce « brave » de cet héroïque enfant »22

L'attitude de Carey la stupéfiait particulièrement, et son horreur englobait toute l'Angleterre

le Carey ne s'est aperçu que trop tend que le Prince manquait En voyant les Zoulous il s'est sauvé avec les autres sans s'occuper du Prince. Non voyez-vous le voir imprimé. dans leur rapport, dans leurs journaux et se dire que cette nation n-est pas exterminés, qu'on ne peu anéantir leur île maudite et ce peuple froid, barbare, perfide, infâme! Oh! si c'était en Russie, mais nos soldats se seraient fait tuer jusqu'au dernier! Et ces infâmes l'ont abandonné, livré! Mais lisez donc les détails et vous n'êtes pas saisis de tant d'infamie. do lâcheté! Est-ce qu'on s'enfuit sans défendre ses camarades! 23

On accusait l'impératrice Eugénie d'avoir une part de responsabilité dans le départ de son fils : sa nature possessive et économe aurait poussé le jeune homme à vouloir s'émanciper. En fait, le prince s'ennuyait dans un quotidien sans densité. sans avenir : « Vais-je m'étioler et mourir ((ennui comme mon cousin le duc de Reichstadt? (...) Ne dois-je pas payer mon tribut à la nation britannique et à son armée qui nous ont recueillis et m-ont formé? » "

Bien que l'intérêt de Marie Bashkirtseff pour le bonapartisme se soit éteint, elle déplorait l'expédition de Louis-Napoléon :

  • Est-ce qu'on expose un Prince, l'espoir d'un parti. »22

20 Mardi 24 juin 1879.

21 Dimanehe 29 juin 1879.

22 Mercredi 2 juillet 1879.

23 Devant la cour martiale, le capitaine Carey rejeta la responsabilité sur son compagnon qui n'était plus là pour se justifier : « Je ne commandais pas !'escorte et tai dû me plier aux exigences du prince qui a désigné lui-même le lieu de notre halte. » Défense inadmissible de la part d'un officier qui n'aurait pu admettre d'être subordonné au simple lieutenant sans grade particulier qu-était le prince. (voir A. Augustin-Thierry, Le Prince impérial, éditions Grasset). Carey, élevé en partie dans un lycéc français, avait reçu de ses camarades un surnom : « le Tricheur » ( rapporté par Suzanne Desterners et I lenrieue Chandet dans Louis, Prince impérial, 1856-1879. Librairie I tachette. 1957. p. 209.

24 L'impératrice Eugénie ou l'empirer d'une femme. Jean Autin. éditions Fayard. 1990, p. 316.

25 Vendredi 20 juin/samedi 21 juin 1879.

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Et elle n'était que compassion pour l'impératrice Eugénie :

«   fils... Non. je ne crois pas qu'il y ait une seule béte fauve qui ne s'attendrisse

en pensant à la mère. Les plus affreux malheurs, les pertes le plus cruelles laissent toujours quelque chose, un rayon, un soupçon de consolation, d'espoir... ici il n'y a RIEN. On peut dire sans craindre de se tromper que c'est une douleur comme il n'y en a jamais eu. il est parti à cause d'elle, elle l'ennuyait, le tourmentait, ne lui donnait quo 500 francs par mois et lui rendait l'existence difficile, l'enfant est parti en mauvaise intelligence avec la méta. Voyez-vous l'atrocité de la chose?! Voyez-vous cette femme? »

(En travers de ce texte, Marie a écrit : il y a eu des mères aussi malheureuses. mais aucune n'a pu ressentir autant le coup, car l'impression universelle augmente sa douleur et autant de millions de fois qu-il y a de bruit et de sympathie ou même d'injures autour de cette mort.)

James linos
L'impératrice Eugénie et le Prince impérial en uniforme de l'Académie royale de Woolwich

Les jours suivants, la commotion éprouvée par Marie resta vive

« Lundi 23 juin 1879

Je suis toujours sous l'impression douloureuse de cet atroce 'éènement. Le public un peu revenu de sa stupeur se demande par quelle criminelle imprudence le malheureux enfant a été livré aux sauvages (...) La presse anglaise s-émeut de la lâcheté des compagnons du Prince. Et moi qui n'y suis pour rien en lisant ces lamentables détails je sens le souffle me manquer et les larmes qui me montent dans les yeux. Je n'ai jamais été plus dérangée et les efforts que je fais toute la journée pour ne pas pleurer m'oppressent (...) On voit encore des figures consternées dans la rue et il y a des marchandes de journaux qui pleurent. Et moi je fais comme les marchandes de journaux tout en m-avouant que ce n'est ni explicable, ni naturel (...) Qu'est-ce que ça vous fait? me dira-ton. Je ne sais pas ce que ça me fait, ça me fait trés mat il n'y a personne, je suis enfermée chez moi, je n'ai pas à poser et je fonds en latines, ce qui est bête parce quo cela m'affaiblit les yeux, déjà ce matin je l'ai senti en travaillant. Mais je ne puis me

26 ibid.

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calmer à la pensée des circonstances fatales. horribles, épouvantables qui entourent cette moi?. la scélératesse de ses compagnons. Il eut été si facile d'éviter cela! Je m'enlaidis el m'ennuie en pleurant. Mais c'est un événement sans nom »

  • Mardi 24 juin 1879

Les larmes me font mal aux yeux, je les retiens. ce qui me lad pleurer par le nez. Ne croyez pas que je sois consolée. je ne m'en consolerai jamais; j'y penserai moins. je n'y penserai plus mais chaque fois que j'y penserai-je ne serai pas consolée. »

Deux tours plus tard. Marie se rendit a la messe basse célébrée en l'église Saint-Augustin

  • Pour ma part personnelle je vous dirai seulement que je suis mise à miracle, tout on noir avec des violettes recouvertes de tulle noir sur le chapeau. Nous sommes entrées avec la foule et je n'ai pas vu grand-chose, si. j'ai vu Cassagnac mais de très loin. L'église claire et neuve, pas méme tendue de noir n-était pas d-accord avec la circonstance. En dehors et dans l'église de vieilles femmes pleuraient en parlant de leurs fils qui « peuvent mounr comme ça » (...) Je suis heureuse de constater les sympathies universelles envers la mère cent fois malheureuse qui paye en ce moment toutes ces années de grandeur On dit qu'il y avait beaucoup de curieux, voila pourquoi la foule était si grande. Faut-il étre méchant et haineux pour insinuer de pareilles perfidies! il y avait trop de violettes et trop de larmes pour que cette calomnie fut admise. On a bien senti ce jour-qu'on avait perdu l'enfant de Paris. l'enfant de la France. que chacun se souvient avoir vu baptisé. bébé. petit garçon, et non un simple prince. il était trop en vue pour que malgré soi on ne s'y attachât plus qu'on ne le croirait et pour qu'on ne le considérait pas un peu comme son enfant à soi.»

Yvon
Le Prince imperia!

Le samedi 5 juillet. Marie confiait encore -

  • Je ne perds rien à la mort du malheureux assassiné mois je vous assure que c'est une des grandes et profondes émotions de ma vie. •

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Et, le vendredi 11, elle interpellait les futurs lecteurs de son journal :

« C'est cette nuit que le cercueil arrive à Chislehurst, est-ce que cela ne vous fait pas frémir? »

Le lendemain, Marie allait montrer à Tony Robert-Fleury le portrait de sa cousine Dira Babanine qu'elle venait d-exécuter. Le peintre, qui enseignait à l'atelier Julian, lui fit des compliments. « Mais cela ne parvient pas à mater cette somnolence, cette tristesse. ce quelque chose d'horriblement pesant... On dirait que j'assiste à la cérémonie inconcevable de la-bas. »

Les funérailles du prince Louis-Napoléon en Angleterre.

Deux mois plus tard. Marie n'avait pas oublié : à Dieppe, sur le champ de courses, elle vit un cheval qui « avait perdu son jockey et courait tout seul... » Une image s'imposa immédiatement à son esprit « J'ai pensé au cheval du Pence, cela m'a lait mal, j-ai pleuré. Les républicains valent peut-être mieux, mais je suis attachée aux autres et je suis mémo assez étonnée de me trouver ce sentiment au tond du coeur. »27

27 Vendredi 29 août 1879.

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Pourquoi Marie Barshkirtseff prit-elle

le pseudonyme Pauline Orell?

Jean-Jacques Poumarat

Marie écrivit en 1881, sous le pseudonyme de Pauline Orell. pour le Journal La Citoyenne - non pas pour une position de bas féminisme - quelle réprouvait

Elle se Servit de cet organe de diffusion à sa portée, avec le ferme désir de s'affranchir de l'inégalité de renseignement artistique prodigué entre les hommes et les femmes.

Ainsi, même à   Juhan. passage des Panoramas. à Paris, les hommes et les

femmes étaient séparés. Ces dernières travaillaient au premier étage et les hommes au rez-de-chaussée

Par contre, en Russie. tous les élèves oeuvraient ensemble face a un modèle A Moscou, le meilleur atelier de peinture avait pour maitre Ilia Efimovitch Répine d'Orell (1844-1930)

Je pense que Marie Bashkirtseff prit pour son pseudonyme la fin du patronyme du maitre moscovite

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« Les femmes artistes »

Marie Bashkirtseff

La Citoyenne, n' 4, dimanche 6 mars 1881

Je n'étonnerai personne en disant que les femmes sont exclues de l'Ecole des Beaux-Arts comme elles le sont de presque partouL

On les admet pourtant à l-Ecole de Médecine, pourquoi pas â l'Ecole des Beaux Arts? Mystère. On craint peut-être les esclandres que provoquerait l'élément féminin dans ce milieu de scies légendaires? Mais il n'y aurait qu'a faire comme en Russie ou en Suède; séparer les ateliers où l-on travaille d'après le modèle et ne réunir tous les élèves que pour les cours. Aussi n'est-ce pas là la raison. La raison? Mais il n'y en a pas; on n'y a jamais songé et voilà tout.

Ainsi, vous qui vous proclamez bien haut plus forts. plus intelligents, mieux doués que nous, vous accaparez pour vous seuls une des plus belles écoles du monde où tous les encouragements vous sont prodigués.

Quant aux femmes que vous dites frêles, faibles. bornées. dont un grand nombre est privé même de la banale liberté d'aller et de venir par le mot convenances, vous ne leur accordez ni encouragement, ni protection, au contraire.

C'est peu logique. Ne recommençons pas la scies des femmes au foyer, n'est-ce pas? Toutes les femmes ne se font pas artistes, de même que toutes ne veulent pas être députés. C'est d'un très petit nombre qu'il s'agit, qui n'enlève rien au fameux foyer, vous le savez fort bien.

Nous avons des écoles de dessin de la ville très suffisantes pour celles qui se destinent à l'industrie mais nulles au point de vue vraiment artistique. ou bien deux ou trois ateliers à la mode où les jeunes filles riches s'amusent à faire de la peinture

Mais ce qu'il nous faut, c'est la possibilité de travailler comme les hommes, et de ne pas avoir â exécuter des tours de force pour en arriver à avoir ce que les hommes ont tout simplement.

On nous demande avec une indulgente ironie combien il y a eu de grandes artistes femmes. Eh! messieurs. il y en a eu. et c'est étonnant. vu les difficultés énormes qu'elles rencontrent.

Parlez donc aux gens comme il faut d'envoyer leurs filles dessiner d'après le nu. sans lequel il n'y a pas d'études possibles. La plupart, qui n'hésitent pas à conduire ces mêmes jeunes filles sur les plages où elles contemplent leurs danseurs en tenue de tritons. pousseront des cris aigus.

Quant aux femmes trop pauvres pour avoir de ces délicatesses. elles n'ont pas le moyen d'avoir un enseignement que l'Etat leur refuse

Ainsi, non seulement on entrave les études féminines par des préjugés gothiques, non seulement on les exclut de l'Ecole de l'Etat, mais elles n'ont même pas accès aux cours d'anatomie. de perspective d'esthétique, etc. et que les hommes peuvent suivre, lors même qu'ils n'appartiennent pas à l'Ecole et travaillent dans quelque atelier privé.

Mais l'Ecole n'est pas exclusivement réservée aux peintres et aux sculpteurs. et

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tout en m'attendant à provoquer une douce gaieté, je dirai que des femmes architectes ou graveurs ne seraient pas plus drôles que des femmes médecins ou des hommes couturiers. Chacun doit avoir la liberté de suivre la carrière qui lui convient.

Avec ça qu'il n'y a pas mal d'homme exerçant des professions sérieuses qui feraient mieux d'aller se faire pendre ailleurs.

On commence pourtant en ceci comme en d'autres choses à avoir des idées un peu moins étranges. Témoin les ateliers de peinture de femmes du passage des Panoramas.

Il y a une dizaine d'années. un peintre de talent. M. Rodolphe Julian. ouvrait un atelier où les femmes furent admises et reçurent la même instruction que les hommes. Je ne crois pas que M. Julian regrette les très grandes luttes qu-il a eu à soutenir, car le petit atelier est devenu une véritable Académie libre et compte prés de 300 élèves'. deux ateliers de femmes et trois d'hommes. M. Julian que le gouvernement vient de décorer et que nous félicitons bien sincèrement. n'est pas le seul. Plusieurs de nos maîtres contemporains m'aident dans ses généreux efforts.

En effet, MM. T. Robert-Fleury. Lefèvre. Boulanger. Bouguereau. Cot, viennent régulièrement donner des conseils aux élèves qui, comme M. Bramtôt, Prix de Rome en 1879. et M. Doucet. Prix de Rome en 1880. leur font un grand honneur.

Je voudrais bien pouvoir en dire autant des femmes, mais elles ne sont pas admises à concourir. Il ne leur est même pas permis de prouver leur incapacité. comme vous le voyez.

Heureusement les expositions annuelles sont là et les derniers Salons ont démontré que ces femmes si dédaignées sont de vaillantes élèves et portent haut et fort le drapeau de l'Ecole libre qui leur a ouvert ses portes.

Pauline Orell

Marie Bashkirtseff peignant un modèle

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L'Élue du destin. Marie Bashkirtseff

Madame Tatiana Schvets. Présidente de la Fondation russe « Renaissance de la mémoire de Marie Bashkirtseff » a offert au Cercle un exemplaire du bel album publié pour le 150° anniversaire de Marie Bashkirtseff. A cette occasion, la Fondation « Renaissance de la mémoire de Marie Bashkirtseff » avait organisé une conférence internationale

Poltava

Nous remercions Madame Tatiana Schvets pour ce livre d'hommage pourvu d'une riche iconographie, ainsi que Madame Tatiana Zolozova qui nous a transmis ce don.

Sommaire

Tatiana Schvets. Préface

Tatiana Schvets. Pages de la vie de Marie Bashkirtseff.

André Theuriet Non, non. toi qui trempais aux sources do la Vie Nicolas Knorring. Sur Marie Bashkirtseff.

Igor Vladimirov. Une héroïne de notre temps.

Marina Tsvétaïéva. Une rencontre

Pierre-Jean Rémy. Préface au premier tome du Journai intégral de Marie Bashkirtseff

Lev Anninski. Les Gradins brûlants. Le phénomène Mone Bashkirtseff Colette Hélard-Cosnier. Marie Bashkirtseff un mythe fin de siècle.

I.N. Chouvalova. Réflexions sur l'oeuvre de Marie Bashkirtseff.

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B. Debrabandère-Descamps. Made Bashkirtseff, un rêve de gloire.

Tatiana Zolozova. La musique dans la vie et l'oeuvre de Marie Bashkirtseff.

Anastassia Tetrel Les tendances de l'art contemporain dans l'oeuvre do Mime Bashkirtseff

« Dieu me laissé la peinture »

Outre des articles et des poèmes écrits à différentes périodes, ce livre présente de multiples portraits de Marie et des membres de sa famille, des images des lieux la concernant, en France et en Russie. la présentation d'objets, ainsi que les reproductions en couleur de tous les tableaux, dessins, sculptures localisées, depuis les travaux de jeunesse jusqu'aux oeuvres de la maturité. En outre, sont présentées les reproductions de certaines oeuvres perdues en Ukraine lors de la Deuxiéme guerre mondiale.

L'Élue du destin. Marie Bashkirtseff.

Sous la direction deTatiana Schvets, Vetche, Moscou, 2008. 248 p.

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