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Cercle des Amis

de Marie Bashkirtseff

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« Mais si je ne suis rien, si je ne dois rien être, pourquoi ces rêves de gloire depuis que je pense? »


Marie Bashkirtseff, Journal, 25 juin 1884

Bulletin

juin 2009

Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff
5, rue J.C. Bézanier
78360 Montesson

Rédaction

Jean-Paul Mesnage - Jean-Jacques Poumarat

SOMMAIRE

 

POEME

Lumière, Robert Goin

TEMOIGNAGE

José H. Mito

MARIE BASHKIRTSEFF VUE PAR...

Mme Dzykonska (élève de l'atelier Julian)

OEUVRE DE MARIE BASHKIRTSEFF

Portrait du prince Bojidar Karageorgévitch

MARIE BASHKIRTSEFF ET SON TEMPS

Savorgnan de Brazza

P 2

P 3

P 4

P 9

P 15

LE MAUSOLEE DE MARIE BASHKIRTSEFF

Jean-Jacques Poumarat

P 17

MANIFESTATIONS

Hommage à Marie Bashkirtseff, Musée de Nice.

P 24

"Les 150 ans de Marie Bashkirtseff', Point de vue,

Images du monde

P 25

Marie Bashkirtseff au Musée d'Orsay

P 27

Conférence internationale consacrée au 150e anniversaire de la

naissance de Marie Bashkirtseff, Poltava

P 30

BIBLIOGRAPHIE

P 35

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Lumière

Ton riche mausolée, ô Marie, est un phare,
Lustre superbe éteint à la fin d'un grand bal;
Mais dans Paris il montre au passant qui s'égare
Qu'un rêve a passé là, plein d'un noble idéal...

Mais, c'est par ton « Journal » que brille ta pensée,
grâce au travail de quelques-uns de tes amis;
Et ton oeuvre de peintre, hélas trop dispersée,
réveille en maint endroit des talents endormis!

Robert Goin

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TEMOIGNAGE

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« Un mystérieux sentiment d'amitié »
Par José H. Mito

« J'ai trouvé Marie Bashkirtseff dans une librairie de l'avenue Corrientes, à Buenos Aires, il y a quelques années. J'ai acheté le « Journal de ma vie », entre autres livres, et il est resté oublié dans ma bibliothèque pendant 2 ou 3 ans.

Quand finalement je l'ai lu, il m'a attrapé. Plus tard, j'ai fait des recherches à la Bibliothèque Nationale et sur internet jusqu'à connaître sa personnalité plus profondément que celle de mes amis. Dans les moments les plus difficiles, son inoubliable leçon de volonté et intégrité face aux adversités de la vie m'a toujours accompagné. A travers le temps, j'éprouve pour elle un mystérieux sentiment d'amitié.

Je trouve en Marie, tout ce que j'ai voulu être : la peinture et la littérature ont été mes grandes vocations. Mais, faute de talent, je suis devenu d'abord journaliste, et puis dessinateur graphique.

J'ai écrit ce texte d'hommage en 1984, avec l'intention de le publier dans un journal important, pour le centenaire de la mort de Marie. Il n'a pas été possible. Maintenant, je l'ai adapté pour le partager depuis ce site, avec vous. Je voudrais recevoir d'autres témoignages et collaborations pour qu'il puisse devenir un lieu de réunion virtuelle pour vous les amis de Marie du monde entier. »

Buenos Aires, le 7 juillet 2001


Site : http://www.geocities.com/mbashkirtseff/04 testimonios.htm

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MARIE BASHKIRTSEFF VUE PAR...

Madame Dzykonska
(Elève de l'atelier Julian)'


« C'était un lundi matin, alors que le modèle était choisi et posait pour la semaine entière. Les jeunes filles tout affairées votaient et même se querellaient, lorsque, au milieu de ce bruit stupéfiant pour une timide nouvelle, j'entends ces mots : « Oh! La Russe! Bonjour la Russe! »

Ce nom était peu agréable à mon oreille polonaise, mais, à l'atelier, nous étions sur un terrain neutre et je regardai Marie Bashkirtseff d'un oeil sans prévention. Je vis une jeune fille plutôt un peu courte, revêtue d'une grande blouse noire ouverte sur le devant avec un large col à la « Van Dick ». Ses cheveux massés en un noeud lâche étaient d'un blond chaud et charmant, et son teint très pur, mais son nez court et ses pommettes quelque peu saillantes accusaient l'origine tartare.

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Marie Bashkirtseff, Autoportrait (étude)

« Debout, retournée violemment sur moi-même (...) la tête haute et l'air de braver
l'univers... » Journal, 23 mars 1879.

i Témoignage cité par Albéric Cahuet, Moussia et ses amis, Fasquelle, 1930, pp. 74-79.

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Lorsqu'elle répondit : « Bonjour, Mesdames! » son visage reflétait une expression de colère étrange chez un être aussi jeune... Elle parlait d'une façon brève, d'un ton nerveux et très décidé. Sa conversation était intéressante, non pas brillante dans le sens français du mot, mais elle ne renfermait jamais de lieux communs. Elle excellait en des caricatures qui étaient pleines d'esprit. Lorsqu'elle m'invita à venir chez elle, je refusai, car je gardais très vif le souvenir des persécutions endurées dans ma patrie (la Pologne sous le joug russe) et même par les miens.

« Ainsi, vous ne viendrez jamais chez moi? »

- Peut-être, si je vous savais très malade.

Elle paraissait si fraîche et si brillante qu'il ne semblait pas y avoir de danger pour une prompte visite.

Ayant ensuite émigré au nouvelle atelier Julian, de la rue Vivienne, je perdis de vue Marie Bashkirtseff pendant quelque temps, et lorsque je revins, en 1881, au passage des Panoramas, elle n'y était plus. On me dit qu'elle voyageait en Espagne.

Un jour M. Julian entra à l'atelier avec une figure désolée et dit

« Mesdames, mesdemoiselles, Mlle Bashkirtseff se meurt! »2

Ce fut vraiment un coup! Il y avait si peu de temps que nous l'avions vue, si vivante et paraissant devoir vivre plus longtemps qu'aucune de nous! Même celles qui l'aimaient le moins furent émues. Elle avait pris froid, en travaillant en Espagne, et se trouvait, croyait-on déjà, à la dernière période de la phtisie. J'allai chez elle, déposer ma carte afin de lui faire savoir que ses compagnes ne l'avaient pas oubliée. La bonne qui vint m'ouvrir fut Rosalie, que j'avais souvent vue à l'atelier. Elle me confirma les mauvaises nouvelles en ajoutant

« Vous savez combien il est difficile de lui persuader de prendre soin d'elle, même de se laisser soigner! »

Je laissai le message au nom de toutes les élèves, et j'allais me retirer quand Rosalie courut après moi.

« Mademoiselle Marie désire vivement voir mademoiselle. »3

Je m'attendais à trouver un lit de malade, une tête pâle et défaite sur l'oreiller, et le

2 « Julian est venu hier au soir, il me croit bien malade, je l'ai bien vu à sa gaieté un peu affectée. » (mercredi 30 novembre 1881).

3 A propos de la visite d'une autre camarade de l'atelier Julian, Mlle de Villevieille, Marie écrit : « Je m'étonne toujours lorsqu'on me témoigne de l'intérêt... Peut-être ce sentiment intime que je ne mérite rien. » (mardi 6 décembre 1881).

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coeur me manquait; mais, en ouvrant la porte du salon, je vis la jeune fille debout, dans une robe de soirée en surah blanc garnie de volants et de dentelles, les manches ouvertes jusqu'aux coudes et ses petits souliers de satin découvrant ses bas brodés.

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« Vous avez tenu votre promesse de venir me voir quand je serais malade », me dit-elle.

J'avais complètement oublié mes paroles et le petit incident auquel elle faisait allusion : je pus seulement lui répondre que j'étais heureuse de voir comme elle était charmante. Elle était en effet ravissante : sa robe longue la faisait paraître plus grande et plus mince; ses mouvements n'étaient plus aussi brusques; ses bras blancs étaient d'une forme exquise et ses joues tout à fait rosées.

« Je ne suis pas malade, dit-elle, c'est un simple rhume. Vous a-t-on dit que j'étais

mourante?4

4 A partir du 15 novembre, Marie souffrit de fortes fièvres nocturnes et de cauchemars. Le mercredi 17 novembre, elle écrivait « ... hier je ne pouvais pas me traîner ayant mal à la poitrine, à la gorge, au dos, toussant, enrhumée, ne pouvant rien avaler et passant dix fois par jour du froid au chaud. (...) Je suis un peu remise aujourd'hui mais c'est égal pour quelqu'un qui se soigne chez les plus grands savants du monde!! »

« Ce soir j'ai vu Charcot qui dit que le mal de l'année dernière n'a pas empiré, quant à ce que j'ai depuis huit jours c'est un refroidissement sans gravité et qui partira très vite. » (mardi 22 novembre 1881).

« Eh bien voilà quinze jours que ça dure et j'en ai encore au moins pour autant. Mme Nachet (élève de l'atelier Julian) m'apporte un bouquet de violettes aujourd'hui, je la reçois comme tout le monde car malgré la fièvre qui ne me quitte pas depuis quinze jours et une congestion pulmonaire du côté gauche, alias pleurésie, et deux vésicatoires, je ne capitule pas, je suis levée et me comporte comme une personne naturelle. » (mardi 29 novembre 1881).

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Je répondis que nous connaissions son retour d'Espagne et le rhume qui l'empêchait de sortir, et que nous étions impatientes d'apprendre son retour à l'atelier.

Elle eut un éclat de rire triste, nerveux, qui se termina par un accès de toux et amena dans la chambre sa cousine Dina avec une pilule piquée sur une longue épingle d'argent. Il fut difficile de faire prendre le remède à la malade, et je fus heureuse plus tard de lire dans le Journal de Marie, ces mots

« Dina est si bonne! »

Je voulais la quitter, mais elle me pria

« Oh! Non, restez! Je vous montrerai mes esquisses d'Espagne et mes photographies. Restez! Restez! »

Alors je restai et nous regardâmes les esquisses. Parmi ces dernières il y avait celle d'un condamné à mort, dans sa prison, huit jours avant l'exécution. s

C'était une physionomie à hanter les rêves, avec le pâle visage, les joues creuses, les lèvres épaisses et décolorées. L'homme tricotait une longue bande blanche et bleue, et cet ouvrage féminin, dans les mains de cet être à figure bestiale, ce bleu et ce blanc en contraste avec ce teint olivâtre, étaient quelque chose d'horrible qui, réellement, me donna le cauchemar. Je lui demandai si elle s'était intéressée à cette étude

« Oh! Oui, répondit-elle, c'était si intéressant; n'a-t-il pas une vraie tête de meurtrier et quel air de brute! »

Ces paroles prononcées avec enthousiasme par une jeune fille vêtue de blanc, en petits souliers de satin, aux mains blanches et fines, sonnaient étrangement. Mais (et c'était sa caractéristique) si elle aimait autour d'elle le luxe le plus raffiné, en art et en littérature elle admirait le plus brutal réalisme.

Je la quittai complètement rassurée sur tout danger immédiat qui, selon moi, n'existait qu'aux yeux de son affectueuse famille. »'

«Le poumon est dégagé mais la température est toujours à 38,3. Me voilà belle en vous faisant part de tous ces détails. » (vendredi 9 décembre 1881). « Aujourd'hui je suis sortie! » (mardi 20 décembre 1881).

5 En fait, le prisonnier était un faux-monnayeur. « ... cette idée de son innocence relative m'a peut-être empêché de lui donner l'air criminel qu'il a. Car il a une tête à tout faire, aussi vais-je lui faire un petit roman que je ressortirai à Paris (...) J'ai écrit dans le coin de ma toile : Antonio Lopez (?) condamné à mort 1881, octobre, pour assassinat, vol et fausse monnaie. Pauvre homme mais enfin je le calomnie sous un pseudonyme. » (vendredi 28 octobre 1881).

6 Marie accusait son entourage de dramatiser et de divulguer ses problèmes de santé « Maman et Dina sont arrivées hier appelées par les dépêches insensées de ma tante. Ce matin Dina reçoit une lettre de sa soeur qui demande comment je vais. « Si la dernière dépêche est vraie, dit-elle, c'est affreux ». Je m'imagine ce que cette sacrée folle a dû

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écrire avec son orthographe de portière. Là-dessus je me mets à pleurer. Voyez-vous on me met dans un tel état d'exaspération avec toutes ces histoires que je me sens capable de commettre un crime (...) Ils me rendront folle, ils me rendront folle vous verrez. J'ai pris froid je sais, mais ça peut arriver à tout le monde... » (samedi 26 novembre 1881).

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OEUVRE

Portrait du prince Bojidar Karageorgévitch

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1883

L'oeuvre de Marie Bashkirtseff est riche de portraits.

En octobre 1883, elle exécute celui d'un de ses intimes : le prince Bojidar Karageorgévitch.

Les Karageorgévitch avaient mené une existence aussi itinérante que celle des Bashkirtseff. Les deux familles s'étaient rencontrées à Nice, à Ostende. Mais c'est à partir de 1878 qu'une relation étroite s'installa. A la date du vendredi 19 avril, Marie signale dans son Journal qu'à la sortie de l'église de la rue Daru, sa mère « parle avec la princesse Karageorges et son fils (...) qui semblent vouloir continuer la connaissance. »

Bojidar, âgé de 16 ans, devient rapidement pour Marie un camarade d'une complaisance et d'une patience à toute épreuve

« Le petit Karageorgévitch est venu hier et je l'ai chargé de m'acheter des potiches, il a du goût. » (vendredi 14 février 1879)

« ... le soir nous rangeons les livres avec Bojidar que je nomme imbécile, idiot, etc. ce dont il est content. » (mercredi 16 avril 1879).

«Ces excellents Karageorgévitch ont dîné chez nous et jusqu'à dix heures du soir on est resté chez moi admirant mes dessins, ébauches, squelette etc. Bojidar a enfin dansé une valse avec Amélie (le squelette), récompense que je lui devais pour avoir rangé mes livres. » (mardi 10 juin 1879).

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« ...pendant que j'écris ce pauvre petit Bojidar reste bien sage sur le divan. C'est un être domestique à présent. » (jeudi 20 novembre 1879).

Avec l'aide de son frère Alexis, Bojidar cloue des étoffes et des tapisseries dans l'atelier que Marie a loué au 37 de l'avenue des Champs-Elysées, et, le jour de la pendaison de la crème ailleurs, c'est lui qui tient le buffet. (dimanche 9 janvier 1881).

Au mois d'avril suivant, il aide Marie à classer par lettres alphabétiques sa correspondance - pour laquelle il lui offre une serviette en maroquin. Il est mis aussi à contribution pour « passer en revue et inscrire les robes » que Marie emportera lors de son séjour à Biarritz'.

Lorsqu'elle peint en plein air à l'île de la Grande Jatte, Bojidar porte la toile, le chevalet, et protège son amie contre les canotiers en goguette8.

« C'est un bien charmant enfant », reconnaît Marie. «...gentil, intelligent, bien élevé » (mardi 19 avril 1881).

« Lorsqu'il a épousé les intérêts de quelqu'un c'est une sollicitude de vieille nourrice, il veut être au courant de tout, raconte un tas d'histoires intimes, se mêle presque de votre blanchisseuse, prend des airs d'enfant, de père, de docteur, de bonne, d'intendant. »9

Bojidar est aussi un partenaire gai et plein de fantaisie. A Nice, lors du carnaval de 1882, où Marie se détend après une forte congestion pulmonaire, le jeune homme se démène « comme un diable ». « Je n'ai rien vu de pareil, à lui tout seul il a amené la foule assez morne composée d'étrangers. » En pleine rue, le prince se lance dans un « cancan » que Marie immortalisa.

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Marie Bashkirtseff

Ombres de carnaval, Bojidar dansant le cancan. 1882

« A un moment donné deux cents personnes se sont mises en branle devant l'inénarrable chahut de Bojidar, il y a un certain air que nous chantions auquel on ne peut résister, je danse encore en écrivant. » (lundi 20 février - mardi 21 février 1882).

7 Jeudi 8 et vendredi 9 septembre 1881.

8 Mercredi 31 octobre -jeudi 1er novembre 1883. 9 Vendredi 22 juin 1883.

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Mais cet excellent ami a un défaut qui amuse et agace Marie : il est menteur jusqu'à l'affabulation.

«A propos de tout et de rien il invente une foule d'événements, les raconte, se fait pincer, ne s'en tire pas toujours et recommence avec un nouvel aplomb. Du reste quand il est ainsi toute son imagination sert à glorifier les amis... » (vendredi 22 juin 1883).

« ...quelle fatigue de l'entendre toujours mentir à tort et à travers! » (mercredi 28 novembre 1883).

« Il faut croire que c'est une maladie chez Bojidar, car il ment trop bêtement et à chaque pas (...) Il se laisse pincer tous les jours et ment, ment, ment, invente, brode, arrange, on est stupéfait et dégoûté. » (vendredi 21 décembre 1883).

« Il a un toupet! Il raconte à moi des choses que je sais et arrangées à sa façon! Maintenant il a connu Gambetta!!!! » (vendredi 26 juillet 1884).

Le prince Bojidar a la passion des célébrités. Il s'est introduit chez Sarah Bernhardt - dont il avait connu le fils, Maurice, au collège. Marie plaisantait son admiration exaltée pour la célèbre et excentrique comédienne

« Bojidar est à Sarah. Il n'y a plus moyen d'en approcher et il se ferait rouer pour soutenir qu'elle déteste la réclame, n'est pas du tout poseuse etc. etc. Encore un peu et il soutiendra qu'elle est vierge. » (mercredi 24 août 1881).

Bojidar adoptera aussi l'admiration de Marie pour le jeune peintre Jules BastienLepage

« Jules va être notre unique amour. Nous n'aimerons que lui, il va être notre dieu. Nous sommes jeunes et enthousiastes et c'est comme dans les collèges, on adore quelqu'un. Nous adorons Jules. Ce nom est sur les lèvres à chaque instant. » (mardi 24 avril 1883).

« Bojidar croit marcher sur des nuages, il est allé prendre Emile10 chez lui et a été admis à voir l'atelier de l'absent... Voilà des conversations pour un an : « Bastien a dit », «Bastien a fait cela », « Bastien devait venir me prendre », « J'étais chez Bastien lorsque... » etc. etc. (samedi 28 juillet 1884).

«... c'est à peine s'il ne raconte pas qu'il a été au collège avec Jules. Peste va.» (dimanche 3 août 1884).

Pour le portrait de ce prince extraverti, curieux de tout et de tous, Marie ne choisit pas un décor confiné, mais un balcon ouvert sur l'horizon, un espace d'où l'on voit et d'où l'on est vu.

Dans ce tableau, Marie exprime aussi sa passion pour la modernité du réel, pour le plein air, pour les décors urbains qui la fascinent. 11

« Il est accoudé au balcon, le corps presque de face et la tête de profil se détachant sur le ciel, on voit le chantier, les maisons, les toits, la rue, un fiacre. » (mardi 9 octobre 1884).

Marie a parfaitement reproduit la morphologie particulière de son modèle : ses « épaules en porte-manteau », ses « jambes trop grosses », ses « longs bras, ses mains tortillées », sa « jolie tête régulière dans le style des images byzantines ».

10 Le frère du peintre Jules Bastien-Lepage.

11 « Je suis rentrée émerveillée de la rue » (lundi 7 août 1882).

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Toujours insatisfaite, Marie avoue

« C'est très ressemblant pour tout mais je voudrais encore quelque chose de plus dans le masque. Le crâne et le corps sont très justes même pour moi. »

Mais, dans l'ensemble « le portrait de Bojidar me paraît... bien. Julian dit que ce peut être un grand succès, que c'est très original, très neuf et que ça paraîtra comme un Manet savant." » (mardi 9 octobre 1884).

Le portrait appartient aux collections du Musée National de Belgrade.

Il a été maculé de peinture, dans des circonstances que nous ignorons.

12 Julian faisait référence au célèbre tableau de Manet, inspiré d'une toile de Goya : Le balcon - que Marie découvrira le 5 janvier suivant lors de l'exposition des oeuvres de Manet à l'Ecole des Beaux-Arts.

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Le prince Bojidar Karageorgévitch est né le 6 janvier 1862 à Belgrade. Avec son frère Alexis (1859-1920), il était l'arrière-petit-fils du grand Karageorgévitch qui mena l'insurrection serbe contre les Turcs et fonda la dynastie serbe, puis yougoslave.

Leurs parents étaient le prince Georges (1827-1884) et la princesse Sarka (1830-1930). Bojidar assurait que sa mère avait « le cerveau de travers » depuis la mort de sa fille. Ce que Marie supposait : « Cette bonne princesse est folle je crois » (jeudi 14 août 1879).

Au contact de Marie, Bojidar exploitera ses dons artistiques - que Marie jugeait médiocres : «...dans ce que j'ai vu de lui je n'ai pu découvrir des dispositions... Peut-être à force de travail. » (mercredi 15/jeudi 16 décembre 1880).

Cependant, Bojidar Karageorgévitch réalisa de superbes aquarelles des paysages qu'il visita, et qui illustrent ses récits de voyages (Impressions de désert, 1893, Notes sur l'Inde, 1899). Il créa des objets d'orfèvrerie que vendait la bijouterie Lalique. Le musée d'Orsay possède une des boucles de ceinture qu'il imagina, et dont la copie est vendue sous forme de broche dans les boutiques des Musées nationaux.

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Musicien, élève d'Anton Bruckner à Vienne, Bojidar étudia aussi le chant au Conservatoire de Paris.

Auteur de nouvelles et de nombreux articles, il traduisit des oeuvres de Tolstoï, du Tchèque Jaroslav Vrchlichy, du Hongrois Maurice JonkaÏ, ainsi que les souvenirs de Loïe

Fuller. 13

Il mourut à 47 ans, le 22 avril 1908, à Versailles. Il est inhumé au cimetière du PèreLachaise, dans la 89e division.

Bibliographie


Stevan K. Pavlowitch, Bijou d'art. Histoire de la vie, de l'oeuvre et du milieu de Bojidar Karageorgévitch, artiste parisien et prince balkanique. Editions de l'Age d'Homme,

1978.

13 Voir notice biographique sur le net, dans Wikipédia.

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MARIE BASHKIRTSEFF

ET SON TEMPS

Pierre Savorgnan de Brazza

C'est chez le comte et la comtesse de Lesseps, le jeudi 7 août 1879, que Marie rencontre « le célèbre voyageur de Brazza ».

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Pierre Savorgnan de Brazza
Photographie de Nadar.

Il rentrait de la mission en Afrique qu'il avait proposée en 1875 au gouvernement français. Sa démarche était avant tout humanitaire. Dés 1872, il surveillait la Côte de

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l'Afrique occidentale pour intercepter les navires négriers. Cependant, celui qui sera surnommé "le père des esclaves" comprit le parti que la France pourrait tirer de ses explorations. Sa deuxième expédition aboutira à la fondation de Brazzaville, point de départ de ce qui sera plus tard le Congo français.

Lorsque Marie le rencontra, le jeudi 7 août 1879, Savorgnan de Brazza préparait cette seconde expédition pour laquelle il s'embarqua le 27 décembre 1879.

Un mois après leur rencontre, Brazza vint visiter Marie chez elle. Mais leur relation en resta là. Il semble même que cette visite ait importuné Marie : «... le comte de Brazza que j'ai connu chez les Lesseps et qui s'est cru obligé de faire une visite aujourd'hui à cause de l'attention dont je l'ai gratifié. » (mardi 9 septembre 1879).

Peut-être Brazza avait-il surpris les regards que Marie lui avait adressés la veille, à l'Opéra, lors d'une représentation de La Muette de Portici, d'Auber. En fait, ce soir-là, Marie l'avait pris pour un jeune homme dont la beauté occupait beaucoup ses pensées - Joseph Arnaud, le jeune chef de cabinet de Gambetta

« Hier j'ai cru pendant deux actes le voir dans l'entrée sombre des fauteuils, j'ai lorgné l'homme et ce n'est qu'au troisième acte que je me suis aperçue de l'erreur (...) Ce faux Joseph était le comte de Brazza que j'ai connu chez de Lesseps (...) Il ressemble à Joseph mais en caricature.» (mardi 9 septembre 1879).

Marie revit Savorgan de Brazza trois ans plus tard, chez elle, lors d'une réception. Brazza avait été amené par des amies communes, la duchesse de Fitz James et sa petitefille, Mlle de Charette. (jeudi 8 juin 1882).

Le vendredi 23 juin de la même année, Marie se rendit à la Sorbonne où Savorgnan de Brazza était reçu membre de la Société de Géographie. Il était venu lui-même apporter les invitations chez les Bashkirtseff, avenue Montaigne.

« ... plus de mille personnes n'ont pu entrer, pourtant nous avons eu la patience d'écouter de la porte et sitôt la séance finie nous allons féliciter le triomphateur (...) Mme de Brazza la mère se tenait près de son fils, tous deux prêts à défaillir... »

A paraître dans les prochains bulletins : "La cantatrice Adelina Patti", "La propriété du couturier Worth à Suresnes".

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Le mausolée de Marie Bashkirtseff

Jean-Jacques Poumarat

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Je tiens à présenter cette page fidèle de Michel Dansel, tirée de son ouvrage Les cimetières de Paris, paru chez Denoël en 1987



« Il s'agit de la chapelle où repose Marie Constantinovna Bashkirtseff. Peintre élève de Bastien-Lepage et très influencée par Manet, on lui doit notamment un certain nombre de portraits, dont quelques-uns qu'elle signa Marie Constantinovna Russ ou encore Andréi, mais surtout deux toiles, La Parisienne et Le Meeting, qu'elle exposa au Salon de 1883 et qui lui valurent un fracassant succès.

Cette artiste russe, qui vint à Paris (...) est le symbole d'une sensibilité extrême et de tous les dons d'une trop courte jeunesse. Ecrivain, elle laissa un Journal et des Cahiers intimes qui contribuèrent à sa gloire postume.

Sa chapelle, véritable demeure, surmontée d'un dôme, de quatre clochetons, avec au sommet une croix russe métallique maintenue par des filins, mérite une halte.

En collant son nez sur la vitre de la porte, le promeneur ne doit être surpris de découvrir à l'intérieur un fauteuil, un lustre à vingt-quatre bougies, des vases, des bustes, des candélabres, des photos et, accrochées aux murs, des toiles parmi lesquelles la

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dernière que réalisa l'artiste, Les saintes femmes au tombeau.14

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Sur l'une des faces de l'édifice, au fronton d'une fausse-porte en pierre on peut lire


« Ô Marie, Ô lys blanc, radieuse beauté,

Ton être entier n'a pas sombré dans la nuit noire, Ton esprit est vivant, vibrante est ta mémoire,

Et l'immortel parfum de la fleur est resté. »


André Theuriet 15

14 Inventaire des objets ou meubles dans le mausolée : un prie-Dieu, un fauteuil bas, une table-autel, deux candélabres, un lustre, un crucifix, une statuette de la Vierge à l'Enfant couronné, des vases, deux colonnes en marbre avec les bustes des parents de Marie Bashkirtseff, la grande toile inachevée Les saintes femmes au tombeau, une petite toile très écaillée dont le sujet n'est plus identifiable, une reproduction photographique du Portrait de Paul Bashkirtseff, des photographies de Marie, un cadre circulaire contenant un objet en tissu satiné non identifiable précisément (une bourse?), une palette (la deuxième palette a été volée en 1986-1987 lors d'une effraction); dans la crypte : chandeliers, icônes, couronnes mortuaires en métal.

15 André Theuriet a établi la première édition du Journal, paru en 2 volumes de 401 et 591 pages, chez Charpentier, en 1887.

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Avant de nous éloigner, prenons connaissance du quatrain en exergue au-dessus de la porte principale



« Son nom est immortel et luit comme un flambeau Dans les siècles, j'entends sa mémoire bénie Car il a tant produit son précoce génie

Que tous les arts en deuil pleurent sur son tombeau. »

F. Ducros »

Le mausolée fut construit sous la direction de l'architecte Emile Bastien-Lepage - frère du peintre Jules Bastien-Lepage - entre novembre 1884 et avril 1885.

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Bustes des parents de Marie Bashkirtseff

La crypte du mausolée abrite deux tombeaux.

Dans l'un d'eux reposent les corps de Marie Bashkirtseff et de sa tante Nadine Stepanovna Babanine, épouse Romanoff.

L'autre renferme les cendres de sa mère, née Marie Stepanovna Babanine, et celles de sa nièce, Marie Pavlovna Bashkirtseff.

Premier tombeau MARIE CONSTANTINOVNA BASHKIRTSEFF


Née à Gavronzi, dans le district de Poltava, Ukraine, le 12 novembre/24 novembre 1858.16

Morte à Paris, le 31 octobre 1884/12 novembre 1884. Cérémonie funèbre le 6 novembre/18 novembre 1884 en l'église orthodoxe Saint-Alexis, 12 rue Daru, Paris VIII. Durant la construction de son mausolée, le corps de Marie fut placé dans la crypte de cette église. Elle fut inhumée dans le cimetière de Passy le 18 avril/26 avril 1885.

16 Rappelons que le calendrier russe avait un décalage de douze jours avec le nouveau.

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NADINE STEPANOVNA BABANINE, veuve Romanoff, tante de Marie Bashkirtseff


Née à Poltava, vers 1847.

Mariée à Odessa, vers 1867, à Thadée Serguéïévitch Romanoff, Maréchal de la noblesse d'Aktirka, né à Kharkov vers 1821, mort à Nice le 15 février 1871. Morte à Nice le 14 février 1910.

Sans descendance.

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Crypte du mausolée

(Au premier plan, le tombeau de Marie f de sa tante Romanoff). (Au second plan, le tombeau de Mme Bashkirtseff de Maroussia).

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Deuxième tombeau

MARIE STEPANOVNA BABANINE, veuve Bashkirtseff, mère de Marie Bashkirtseff



Née à Poltava le 12/24 avril 1833.

Mariée à Poltava, en mai 1858, à CONSTANTIN PAVLOVITCH BASHKIRTSEFF, Maréchal de la noblesse du district de Poltava, Conseiller d'Etat de S.M. l'Empereur de Russie, Président du

Conseil Général, Président du Conseil de Tutelle de la Noblesse, né à Poltava vers 1833, mort à Gavronzi le 29 mai/10 juin 1883. Morte à Nice le 25 décembre1920, inhumée au cimetière russe de Caucade.

Transférée dans le mausolée le 19 mai 1930, grâce à l'intervention d'Albéric Cahuet 17 et à la générosité de M. Harris Charles Livingston Phelps.

MARIE PAVLOVNA BASHKIRTSEFF, dite MAROUSSIA,

nièce de Marie Bashkirtseff, quatrième et dernière enfant du frère de Marie, Paul Constantinovitch et d'Alexandrine Yakovlèvna, née Patchenko.



Née à Poltava le 8 mai/20 mai 1890.

Veuve en premières noces de Thadée Vincent Dorozinzki Divorcée en secondes noces d'Edouard Brugéas.

A vécu maritalement avec Victor Alexandrovitch Coubash, né à Nicolaieff, Russie, le 10/22 octobre 1880, mort à Salonique, Grèce, le 16 août 1945.

Morte à Paris le 18 avril 1928.

17 Premier biographe de Marie : Moussia, ou la vie et la mort de Marie Bashkirtseff, Fasquelle, Paris, 1926.

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Marie Bashkirtseff par Saint-Marceaux.

Moulage d'après l'original commandé par le Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff, , en 1986, pour être déposé en permanence dans le mausolée.

Le buste a été repris par le Cercle à la suite de la décision administrative d'interdire l'entrée du mausolée.

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MANIFESTATIONS

La bibliothèque du Trocadéro,
6 rue du Commandant Schloesing, 75016 Paris,
envisage une commémoration en l'honneur de Marie Bashkirtseff, dont la date nous sera
communiquée ultérieurement.

Hommage à Marie Bashkirtseff

Nice, musée des Beaux-Arts 7 mars 2008 - 11 janvier 2009

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A l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Marie, le Musée des BeauxArts de Nice avait proposé diverses manifestations autour de l'exposition consacrée à certaines de ses oeuvres et des artistes qu'elle a côtoyés : représentation théâtrale (Marie Bashkirtseff, Journal intime, par le théâtre de la Semeuse), conférences, concert par la "Compagnie So Wath" (improvisation jazzie autour de la chanson niçoise "Lou Roussignol ché vola" que se plaisait à chanter Marie, «musique écrite et improvisée du XXIe siècle, en hommage à la beauté et au caractère entier de Marie, la petite immigrée russe, étoile de la vie cosmopolite niçoise'), ainsi qu'un "dialogue pictural entre les oeuvres et les objets de Marie et le travail de l'artiste contemporaine Véronique Bigo, que la jeune artiste russe disparue à 26 ans lui a inspiré... »18



«Le Député-maire, Christian Estros,, a souhaité donner une impulsion au musée, en proposant à un artiste contemporain de s'y inviter pour dialoguer avec le passé (..)

Le musée a pris le parti d'initier ce parcours programmé en quatre épisodes thématiques, avec l'oeuvre de Marie Bashkirtseff (1858-1884) dont la mère a effectué plusieurs donations (1909, 1917 et 1920).

"Véronique s'invite "chez Marie" : décalage et sensibilité...

Rencontre émouvante entre Marie Bashkirtseff, , artiste disparue en pleine jeunesse, laissant une oeuvre conséquente, et pourtant surtout connue pour son Journal qui révèle une nature anticonformiste, et Véronique Bigo, artiste de notre temps, à qui le Mamac avait consacré une exposition en 1998.

L'artiste, qui avait déjà noué un dialogue avec l'oeuvre de Fra Angelico, initie un parcours dans l'histoire de l'art et les collections du musée niçois entre le XVe siècle et le XXe siècle. Elle fait entrer en résonnance l'esprit du lieu et celui de notre époque, opérant des choix d'oeuvres dans la collection peintures et sculptures en en réinterprétant la

matière et l'esprit. »19

Pour commémorer le 150e anniversaire de la naissance de Marie, Madame Rémusat-Rémion est intervenue auprès du magazine Point de Vue, Images du monde afin qu'il signale à ses lecteurs les manifestations organisées à Nice.

18 Le Cannois, jeudi 4 décembre 2008. 19 Idem.

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Le Cercle remercie également Madame Rémusat-Rémion pour les chrysanthèmes blancs qu'elle a fait déposer devant l'entrée du mausolée de Marie lors de la fête de la Toussaint - et pour l'anniversaire de la mort de Marie, le 31 octobre - ainsi qu'une coupe de muguet à l'occasion du 1er mai.

20 Point de vue, Images du monde, n° 3150, du 03 au 09 décembre 2008, p. 73.

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Marie Bashkirtseff au musée d'Orsay

L'exposition de pastels « Le mystère et l'éclat » fut l'occasion de présenter au public un Portrait de femme exécuté par Marie Bashkirtseff.

Son oeuvre dans les collections du musée d'Orsay est représentée par

Le meeting


1884 (huile sur toile, H. 1,95x L.1,77)

Acquis par l'Etat à Mme Bashkirtseff pour le Louvre, en 1885. Passa successivement au musée du Jeu de Paume (1922), au musée d'Art Moderne (1946), au musée du Louvre (1975), au musée d'Orsay (1980).

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. Portrait de Dina

1883 (pastel et fusain sur papier, H. 0,61 x L. 0,50)

Don de Mme Bashkirtseff au musée du Luxembourg en 1892. Reversé au Cabinet des Dessins du Louvre en 1977, affecté au musée d'Orsay.

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. Portrait de Mme X.

1884 (pastel et fusain sur papier H. 0,56 X L. 0, 465)

Acquis en 1892 par les musées nationaux, attribué au Louvre, puis au musée du Luxembourg avant d'être affecté au musée d'Orsay.

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. Portrait de femme

Dessin.

Don de Mme Bashkirtseff au musée d'Art Moderne en 1908. Attribué en 1933 au Louvre, galerie du Jeu de Paume, en 1977 au Cabinet des Dessins du Louvre, puis affecté au musée d'Orsay.

Intimité.

Dessin.

La douleur de Nausicaa

1884 (bronze, 83 x.23,7 x 23)

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Le musée d'Orsay possède également un portrait photographique de Marie, vêtue d'une robe blanche, debout, les mains croisées sur le ventre. Cette photographie fut prise lors de cette séance de pose

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Conférence internationale de Poltava consacrée au 150e anniversaire de la naissance de

Marie Bashkirtseff
15 - 17 mai 2008



La Fondation « Renaissance de la mémoire de Marie Bashkirtseff » envisage la création d'un monument commémoratif à Tcherniakovka, le domaine des Babanine où Marie a grandi et qu'elle retrouvait toujours avec émotion

« Je vais revoir la campagne où j'ai passé toute ma vie jusqu'au départ pour l'étranger. Là j'ai vécu sous l'aile de grand-maman qui m'adorait et que j'adore à présent. Je verrai son tombeau, je verrai la grande maison, le jardin, l'étang et au -dessus, le kiosque, sur une colline dans le bois. Tout cela passe devant mes yeux... » (mercredi 4 octobre 1876).

Du domaine que Marie a connu, il ne reste rien.

Nous remerçions Madame Tatiana Zolozova de nous avoir communiqué le programme de la Conférence. Docteur ès arts, ancien attaché culturel auprès de l'Ambassade d'Ukraine en France, Madame Zolozova est intervenue sur le thème de « La musique dans la vie de Marie Bashkirtseff ».

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Poltava
La conférence Internationale, consacrée au 150-anniversaire de Marie Bashkirtseff

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Poltava, Gavronzi, Dikarika, 15-17 mai 2008
La conférence se tient dans la salle des conférences du Musée des Beaux-Arts de Poltava
L'entrée sur l'invitation


La conférence est organisée par l'administration régionale de Poltava, la mairie de la ville Poltava et la Fondation "Renaissance de la mémoire de Marie Bashkirtsefí"

Invités d'honneurs:

Assadtchev Valéry Michaïlovitch, gouverneur de la région Poltava Matkovski Andréi Vsévolodovitch, maire de la ville Poltava Leluk Liubov Ivanovna, président de l'administration de Dikanka


Comité d'organisation:

  • Assadtchev Valéry Michaïlovitch, gouverneur de la région Poltava, président du comité d'organisation

  • Matkovski Andréi Vsévolodovitch, maire de la ville Poltava, adjoint au président du comité d'organisation

  • Bliznuk Ivan Fedorovitch, premier adjoint au gouverneur

  • Martchenko Vladimir Alexandrovitch, adjoint au gouverneur de la région Poltava

  • Leluk Liubov Ivanovna, président de l'administration de Dikanka

  • Séméniaga Larissa Borissovna, adjoint au maire

  • Godzenko Vladimir Dmitriévitch, supérieur de la direction de la culture de la région

  • Orlov Dmitri Vadimovitch, chef de l'administration des relations étrangères de la région

  • Shvets Tatiana Dmitrievna, directeur de la Fondation "Renaissance de la mémoire de Marie

  • Bashkirtseff'

  • Kourtchakova Olga Nikolaevna, directeur du Musée des Beaux-Arts de Poltava

  • Latich Olga Bogdanovna, député du Conseil de ville de Poltava, membre de la commission de l'enseignement et de la culture

  • Sidorenko Alexandra Borissovna, président de la fondation de la culture de la région

  • Demtchenko Nikolai Nikolaévitch, directeur de l'Ecole musicale de Poltava

  • Kojemiako Liudmila Vladimirovna, professeur de l'Ecole musicale de Poltava

  • Liubtchenko Alexandre Vitaliévitch, chef artistique du Théâtrede la région de Poltava

  • Gavrilenko lulia Evgéniévna, secrétaire du comité d'organisation

  • Krutchenko Nadejda Vassilievna, chef de la section de la culture et du tourisme de la région de

  • Dikanka

  • Goussak Alla Nikolaevna, adjoint au metteur en scène en chef de la compagnie de la télévision et du radio "Ltava"

  • Kelim Alexandre Ivanovitch, conseiller du maire (les questions de la culture)

  • Programme de la conférence 15 mai 2008

    9.00-   l'enregistrement des participants de la conférence

    9.30-   parole inaugurale d'Assadtchev Valéry Michaïlovitch, gouverneur de la région Poltava La bienvenue aux invités de Matkovski Andréi Vsévolodovitch, maire de la ville Poltava

    de Leluk Liubov Ivanovna, président de l'administration de Dikanka

    10.00-   Shvets Tatiana Dmitrievna, directeur de la Fondation "Renaissance de la mémoire de Marie Bashkirtseff'

    Les trouvailles dans des archives

    10.15-   Collette Cosnier, maître de conférence de l'Université Rennes II, auteur du livre sur Marie Bashkirtseff

    Faire le portrait sans retouches

    10.25-   Simone Fayard, ancien professeur de la littérature au lycée Paul Cézanne à Aix en Provence

    Ma passion pour Marie Bashkirtseff

    10.50-   Le sujet-vidéo sur le tombeau de Marie Bashkirtseff au cimetière de Passy 11.00-   Pause

    11.15-   Vladimirov Igor Fedorovitch, membre de l'Union des écrivains de la Russie Les particularités de genre de la prose de Marie Bashkirtseff

    11.35-   Lucile Le Roy, éditeur de la première version scientifique du texte intégral du Journal de Marie Bashkirtseff

    Le voyage de Marie au pays natal en 1881

    12.00-   Kondratuk Alina lurievna, agrégé ès arts, collaborateur scientifique en chef du pare national La Sainte-Laure de Kiev Marie Bashkirtseff à la Laure

    12.20-   Catherine Kernberger, professeur d'Anglais à Linfield College, McMinnville, Oregon, USA

    Marie Bashkirtseff et la chasse aux loups à Gavronzi

    12.50-   Balabko Alexandre Vassiliévitch

    Marie Bashkirtseff- ethnographe et historiographe de la réalité ukrainienne

    13.15-   Zolozova (Androuchouk) Tatiana Vassilievna, docteur ès arts, ancien attaché culturel auprès de l'Ambassade de L'Ukraine en France La musique dans la vie de Marie Bashkirtseff

    13.40-   Asséieva Natalia Juriévna, agrégé ès arts

    L'oeuvre de Marie Bashkirtseff dans le contexte des tendances démocratiques de l'art du dernier tiers du XIX £

    13.40-   Pantchenko Vladimir Evgeniévich, vice-président de l'Académie Kievo-Moguilianskaya L'image de Marie Bashkirtseff dans l'oeuvre de Lessia Ukraïnka et Evguény Malaniuk

    14.00 - 15.00 - Dîner

    15.00-   Excursion d'horizon dans la ville avec la visite au Musée de 1. P. Kodiarevsky et au Musée de la bataille de Poltava

    18.00 - 19.00 - Souper

    19.00-   Spectacle "Natalka-Poltavka" dans le Théâtre régional musicale N.V.Gogol

    16 mai 2008,


    9.00-   Annynski Lev Alexandroviteh, critique littéraire et de cinéma, essayiste, écrivain Journal intime comme un phénomène de littérature

    9.15- Aristova Liudmila Juriévna, supérieur du secteur dès collections privées de la section dès bouquins rares et manuscrits de la Bibliothèque scientifique de l'Université Lomonossov de Moscou

    Les éditions anciennes du Journal de Marie Bashkirtseff dans la Bibliothèque scientifique de l'Université Lomonossov de Moscou

    9.35-   Pantchenko Vladimir Evgeniévich, vice-président de l'Académie Kievo-Moguilianskaya L'image de Marie Bashkirtseff dans l'oeuvre de Lessia Ukraïnka et Evguény Malaniuk

    9.55-   Tchistiakova Irina Anatoliévna, étudiante de l'Académie dès Beaux-Arts de la Russie Les oeuvres de Marie Bashkirtseff de la collection du Musée Russe à St-Pétersbourg

    10.20-   Béatrice Debrabander-Descampes, directeur du Musée dès Beaux-Arts de Nice Marie Bashkirtseff, un rêve de gloire

    10.30-   Sujet-vidéo sur les lieux, liés au nom de Marie Bashkirtseff à Nice

    10.40-   Barchinova Oksana Germanovna, collaborateur scientifique en chef du Musée d'Art National (le l'Ukraine

    Marie Bashkirtseff et l'école de la peinture ukrainienne de la seconde moitié du XIX s. 11.00-   Pachkova Liudmila Vassilievna, adjoint au directeur du Musée d'Art de Saratov Bogoliubov sur Marie Bashkirtseff

    11.20-   Nédogarko Olga Nikolaevna, spécialiste dans le domaine de l'héritage de Marie Bashkirtseff

    Le pays des Soumi ouvre Marie Bashkirtseff

    11.50-   Pause

    12.10-   Douja Anna Michailovna, supérieur de la section scientifique du Musée d'Art de Soumi Sur la question du caractère autobiographique de la toile "La douleur"

    12.30-   Botcharova Svetlana Ivanovna, collaborateur scientifique du Musée d'Art de Poltava Les dessins précoces de Marie Bashkirtseff de la collection du Musée des Beaux=Arts de Poltava

    13.00-   Shvets Tatiana Dmitrievna, directeur de la Fondation "Renaissance de la mémoire de Marie Bashkirtseff"

    Le sort des oeuvres de Marie Bashkirtseff

    13.20-   Perets Oleg Alexandrovitch, artiste-peintre, professeur de l'Université technique de Poltava

    Le phénomène de Marie Bashkirtseff comme stimulant du procès créatif dans son pays natal à l'époque des changements de la fin du XX s.

    13.40-   Tourtchina Gallina Petrovna, dramaturge, auteur de la pièce sur Marie Bashkirtseff, directeur de la maison d'édition "L'azur"

    Le rôle de la personnalité de Marie Bashkirtseff dans mon destin 14.00 - 15.00 - Dîner

    15.00-   Chichko Anna Alexeievna, metteur en scène du film Marie Bashkirtseff Sur l'histoire du film

    15.15-   Les fragments du film Marie Bashkirtseff

    15.50-   Shvets Tatiana Dmitrievna

    Présentation de l'album Marie Bashkirtseff l'élue du destin 16.15-   La conférence de presse

    16.45-   Visite au Musée des Beaux Arts de Poltava (Galerie de peinture) 18.00 - 19.00 - Souper

    19.00-   Concert La musique dans la vie de Marie Bashkirtseff et fragment du spectacle Marie Bashkirtseff (Théâtre N. V. Gogol)

    17 mai 2008

    9.00-   Le départ de Gavronzi sur les lieux de l'ancienne propriété des Bashkirtseff

    10.30-   L'exposition des pièces du musée futur de Marie Bashkirtseff (Galerie de peinture de Dikanka)

    11.00-   Mizguina Valentina Vassilievna, directeur du Musée d'Art de Kharkov, chercheur émérite de la culture de l'Ukraine, vice-président du Comité International du Conseil des Musées de l'Ukraine

    L'histoire de la création du tableau "En lisant" de la collection du Musée d'Art de Kharkov

    11.15-   Skorik Vassily Petrovitch, directeur du Musée de l'histoire de la région Dikanka Dikanka - partie du domaine des Kotchubey

    11.40-   Odrinskaya Svetlana Nikolaevna, supérieur du Musée d'école à Tcherniakovka Tcherniakovka - l'ancienne propriété des Babanine

    12.00-   Vernigora Léonide Michaïlovitch, poète, écrivain

    Sur les traces de Marie Bashkirtseff

    12.15-   Prise d'une résolution de la Conférence Internationale sur la création du Musée de Marie Bashkirtseff à Dikanka

    12.30-   Pause

    13.00 - 14.00 - Diner en plein air (le restaurant "Chinok" du village Prony)

    14.00-   Bocage de lilas: le concert des collectifs populaires, les expositions des objets de l'artisanat

    16.00-   Visite à Tcherniakovka

    19.00-   Retour à Poltava

    19.30 -   Le souper conclusif ( le restaurant "L'allée des châtaigniers", Poltava)

    Groupe de travail de la conférence:

    Séméniaga Larissa Borissovna, adjoint au maire - les questions d'organisation

    Godzenko Vladimir Dmitriévitch - les questions d'organisation Shvets Tatiana Dmitrievna - les questions d'organisation Kourtchakova Olga Nikolaevna- les questions d'organisation Gavrilenko lulia Evgénievna - secrétaire de la conférence Tchougounova Tatiana Vladimirovna - traducteur Anninskaya Mariya Lvovna - traducteur Roussakova Elena Vladimirovna - attaché de presse

    Goussak Alla Nikolaevna - adjoint au metteur en scène en chef de la compagnie de la télévision et du radio "Ltava"



    Le séjour des invités et participants de la conférence
    Hôtel "Galerie" , Poltava, rue Frounzé, 7, tel:(0532) 56-16-66,56-16-97
    Hôtel "Palazzo" , Poltava, rue Gogolya, 33, tel: (0532) 502-488, 610-850

    Hôtel "Kiev" , Poltava, rue Sennaya, 2/49, tel :(05322) 2-42-86

    La Conférence se tient au Musée des Beaux-Arts de Poltava

    Poltava, rue Frounzé, 5, tel: (0532) 56-35-40, 56-07-31

    BIBLIOGRAPHIE

    Catalogue d'exposition

    . « Le mystère et l'éclat », pastels du musée d'Orsay, sous la direction de Guy Cogeval, édition de la Réunion des Musées nationaux, musée d'Orsay, 2008, 48 p., 49 ill., 9€.

    Livres

    . Le mystère et l'éclat, pastels du musée d'Orsay, Paris, 8 octobre 2008/1er février 2009. Collectif Marc Bacou, Anne Distel, édité par la Réunion des Musées nationaux, musée d'Orsay, 2008, 176 p. 110 ill., 39 €.

    . Alex Benvenuto, La Côte d'Azur des Russes, Points de repères sur la longue histoire d'amour entre les Russes et la Côte d'Azur. L'Ancre solaire, Serre éditeur, Nice, 2007, 48 p.

    Cette remarquable synthèse, abondamment illustrée, évoque l'intérêt des Russes pour la Côte d'Azur depuis le XVIIIe siècle (un consulat russe existait à Nice en 1749).

    La famille impériale y est présente de 1856 à la révolution russe. Autour d'elle se regroupe une autre société constituée d'artistes, de philosophes, d'écrivains et de personnalités : Gogol, Tchekhov, le philosophe Herzen, le richissime baron Von Derwies, de nationalité russe, dont la villa est un haut lieu musical de Nice que fréquente Marie Bashkirtseff

    « C'est pour la deuxième fois que je vois cette villa immense, superbe, surprenante, magnifique et qui vous transporte et vous inspire involontairement le sentiment de sa grandeur et de sa richesse et de son mauvais goût (...) L'architecture de la maison est atroce et cela fait pitié de voir tant d'argent employé pour bâtir un pareil obélisque. » 21

    La riche iconographie de ce livre présente d'autres lieux que Marie fréquenta : la papeterie Delbecchi - où elle achetait ses carnets - la pâtisserie Rumpelmeyer, le Cercle de la Méditerranée, l'hippodrome du Var, ainsi qu'une rareté : la villa Acquaviva où Marie

    21 Lundi 2 mars 1874. Journal, tome III, p. 93.

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    et sa famille s'installèrent en 1871, et qui deviendra l'Hôtel du Parc, puis la Pension Slave Zed.

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    Le Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff remercie Madame Rémusat-Rémion qui a lui offert ce livre.

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    Cercle des Amis de Marie Bashkirtseff
    5, rue J.C. Bézanier
    78360 Montesson

    Responsable de la rédaction

    Jean-Paul Mesnage


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